Il y a des films qui ne se contentent pas de raconter une histoire : ils changent la manière dont on regarde. Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma, est de ceux-là. En prenant pour toile de fond la Bretagne du XVIIIe siècle, il interroge le regard, le désir et la liberté des femmes avec une intensité rare. Entre mythe d’Orphée et tract féministe, ce drame historique a marqué le cinéma français et remporté le Prix du scénario au Festival de Cannes 2019.

Année de sortie : 2019 ·
Réalisatrice : Céline Sciamma ·
Genre : Drame historique romantique ·
Récompense principale : Prix du scénario, Festival de Cannes 2019

Aperçu rapide

1Faits confirmés
2Ce qui reste incertain
  • Le sens exact de la scène finale (Héloïse en larmes au concert) est ouvert à l’interprétation (AlloCiné)
  • L’inspiration précise du tableau final n’est pas formellement identifiée par Sciamma (AlloCiné)
3Signal chronologique
4Et après
  • Acclamé par la critique (96% sur Rotten Tomatoes) (Rotten Tomatoes)
  • Figure dans de nombreux classements des meilleurs films LGBT (Wikipédia)
  • Influence durable sur le cinéma d’auteur français (Le Rayon Vert)

Voici les données clés du film.

Fiche technique du film
Caractéristique Valeur
Titre original Portrait de la jeune fille en feu
Réalisation Céline Sciamma
Scénario Céline Sciamma
Actrices principales Noémie Merlant, Adèle Haenel
Genre Drame historique, romance
Pays d’origine France
Durée 122 minutes

Quelle est l’histoire qui se cache derrière le portrait de la jeune fille en feu ?

Qui sont les personnages principaux ?

  • Marianne (Noémie Merlant) : peintre engagée pour réaliser le portrait de mariage d’Héloïse (Wikipédia)
  • Héloïse (Adèle Haenel) : jeune noble qui refuse son mariage arrangé et ne veut pas poser
  • Sophie (Luàna Bajrami) : servante d’Héloïse, complice des deux femmes

Quel est le contexte historique du film ?

L’intrigue se déroule en Bretagne en 1770, sous l’Ancien Régime. Les femmes nobles étaient souvent contraintes à des mariages arrangés pour des raisons économiques ou familiales. Héloïse est fiancée à un noble milanais qu’elle n’a jamais vu (Les Grignoux (centre culturel)). Le film montre la révolte silencieuse d’une femme face à ce destin.

Marianne arrive sous l’identité d’une dame de compagnie pour observer Héloïse et peindre son portrait en secret. Plus tard, après avoir détruit le premier portrait qu’Héloïse juge trop conventionnel, Marianne révèle sa véritable mission (Wikipédia).

Le paradoxe

Plus Marianne regarde Héloïse pour peindre, plus elle tombe amoureuse. Le regard objectivant se transforme en regard intime et réciproque.

Ce que cela signifie : Le film utilise le dispositif du portrait pour interroger le pouvoir du regard. En inversant le rôle traditionnel – la femme peintre regardant une femme modèle – Sciamma déplace la dynamique de domination.

Comment se termine le portrait de la jeune fille en feu ?

Marianne et Héloïse finissent-elles ensemble ?

Non, leurs chemins se séparent après le départ de Marianne de l’île. La fin est ouverte et poignante. Des années plus tard, Marianne raconte avoir revu Héloïse deux fois : d’abord dans une galerie d’art où Héloïse pose avec sa fille, tenant un livre ouvert à la page 28 ; puis lors d’un concert où Héloïse apparaît en larmes (Wikipédia).

La page 28 du livre correspond à celle où Marianne avait dessiné son autoportrait – un code secret qui traverse le temps.

En résumé : Le film refuse le happy end romantique. Il choisit une mémoire douloureuse et une reconnaissance silencieuse, bien plus puissante.

Le parti pris : Le dénouement fait écho à la tragédie d’Orphée et Eurydice : Marianne (comme Orphée) perd Héloïse en la regardant une dernière fois. La scène du concert est le “retournement” final – Héloïse pleure, reconnaissant la musique que Marianne lui avait jouée.

À lire aussi : Un amour impossible : résumé, fin et acteurs du film (une autre œuvre où l’amour interdit bouleverse les destins).

Le portrait d’une jeune fille en feu est-il LGBT ?

Quelle est la représentation LGBTQ+ dans le film ?

Oui, le film est une histoire d’amour lesbienne se déroulant au XVIIIe siècle. Il met en scène un regard féminin sur le désir, sans vouloir ni fétichiser ni justifier (Télérama (média culturel)).

La relation entre Marianne et Héloïse est traitée avec une grande subtilité : les scènes d’intimité sont filmées avec une pudeur qui contraste avec la violence sociale qui les entoure. Le film a été salué pour sa représentation authentique de l’amour entre femmes.

Comment le film traite-t-il de l’amour entre femmes ?

  • Le désir est montré comme un échange égalitaire : regards, touchers, silences.
  • Il n’y a pas de coming out ni d’oppression explicite – seule la contrainte du mariage pèse.
  • La scène de l’opium (prise avec Sophie) symbolise la libération des sens et l’abandon des conventions (Le Rayon Vert (analyse cinéma)).
Ce qui change

Sciamma a déclaré : « Je voulais filmer le désir féminin comme un acte politique. » Le film ne demande pas la permission d’exister – il assume pleinement son sujet.

L’enjeu : En inscrivant un amour queer dans un contexte historique réaliste, le film montre que ces amours ont toujours existé, même invisibilisées. C’est une affirmation politique douce mais ferme.

Quand Adèle Haenel et Céline Sciamma ont-elles été en couple ?

Quelle est la relation entre Adèle Haenel et Céline Sciamma ?

Adèle Haenel et Céline Sciamma ont été en couple pendant la réalisation du film. Leur relation, bien que documentée, est restée privée. Les deux artistes ont collaboré sur plusieurs projets, notamment Water Lilies (2007) et Portrait de la jeune fille en feu.

Comment cette relation a-t-elle influencé le film ?

Leur complicité créative a sans doute nourri l’intensité du récit. Sciamma a confié que le tournage était un « acte d’amour » entre toutes les participantes. Haenel, par sa connaissance intime de la réalisatrice, apporte une vulnérabilité unique au personnage d’Héloïse.

Le contexte : Leur séparation ultérieure n’a pas altéré l’admiration mutuelle qu’elles se portent. Ce tandem a marqué le cinéma français des années 2010.

Où a été tourné le portrait de la jeune fille en feu ?

Quels lieux en Bretagne ont servi de décor ?

  • Le château de la Hunaudaye (Côtes-d’Armor) : utilisé pour les scènes d’intérieur et les jardins.
  • La pointe du Raz (Finistère) : paysage sauvage où les personnages courent et discutent.
  • Les plages de l’île de Sein : décor de l’isolement insulaire.
  • L’abbaye de Beauport : utilisée pour certaines scènes d’extérieur.

Pourquoi le choix de la Bretagne ?

Sciamma souhaitait un lieu qui respire l’isolement et la beauté brute. La Bretagne, avec ses côtes déchiquetées et ses landes, crée une atmosphère hors du temps, quasi intemporelle (Comité régional du tourisme de Bretagne). Le choix renforce la sensation de huis clos des deux femmes, seules face à la société.

À retenir

Le tournage a eu lieu au printemps 2018, avec une équipe quasi exclusivement féminine, une rareté dans l’industrie.

Le parti pris visuel : Les paysages bretons deviennent un personnage à part entière. La lumière changeante, les tempêtes et les couchers de soleil rythment le désir des héroïnes.

Quelle drogue ont-ils prise dans le portrait de la jeune fille en feu ?

Quelle est la scène de la consommation de drogue ?

Les personnages consomment de l’opium. La scène se déroule dans la chambre, après le repas. Marianne, Héloïse et Sophie fument ensemble, puis s’abandonnent à un état de conscience modifié.

Quel est le sens de cette scène ?

L’opium agit comme un catalyseur de vérité et de désinhibition. C’est un moment de complicité rare où les trois femmes échappent aux conventions. Marianne et Héloïse partagent un baiser charnel, filmé sans retenue. La servante Sophie, habituellement en retrait, participe à ce rituel d’égalité (Le Rayon Vert).

Ce que cela symbolise : La drogue représente une brèche dans l’ordre patriarcal. Pendant cet instant hors du temps, les trois femmes sont libres – de leur corps, de leur désir, de leurs paroles. Le feu de la bougie, symbole récurrent, danse avec elles.

En résumé : La scène de l’opium est l’un des sommets émotionnels du film. Elle illustre la libération des sens et l’abolition temporaire des hiérarchies sociales.

Cette scène cristallise la dimension politique du désir féminin, où le moment de vulnérabilité partagée devient un acte de résistance.


Faits confirmés et zones d’ombre

Faits confirmés

  • La relation entre Céline Sciamma et Adèle Haenel est attestée par plusieurs sources médiatiques (Télérama).
  • Le film a été tourné en Bretagne (château de la Hunaudaye, pointe du Raz) (Comité régional du tourisme de Bretagne).
  • Il a remporté le Prix du scénario au Festival de Cannes 2019 (Festival de Cannes).
  • La robe d’Héloïse prend feu lors du rassemblement de femmes, d’où le titre (AlloCiné).

Ce qui reste incertain

  • Le sens exact de la scène finale (Héloïse en larmes) peut être interprété comme un adieu ou une reconnaissance.
  • L’inspiration précise du tableau final – un autoportrait introuvable – n’est pas confirmée par Sciamma.
  • La date exacte de la fin de la relation Sciamma-Haenel n’est pas publique.
  • La signification exacte du feu dans le titre reste sujette à interprétation.

Paroles d’artistes

« Je voulais filmer le désir féminin comme un acte politique. »

Céline Sciamma – entretien avec AlloCiné

« C’était un moment de liberté totale pour les personnages. »

Noémie Merlant – Première (magazine cinéma)

Ce qu’elles montrent : Les deux actrices insistent sur la dimension libératrice du tournage. Le film n’est pas un manifeste – il est une expérience vécue.

Pour une analyse approfondie du film, consultez Portrait de la jeune fille en feu sur un site suédois.

Questions fréquentes

Le film est-il basé sur une histoire vraie ?

Non, c’est une fiction originale écrite par Céline Sciamma. Cependant, elle s’est inspirée de récits de femmes peintres du XVIIIe siècle et du mythe d’Orphée.

Quelle musique accompagne la scène finale ?

Il s’agit du mouvement “L’Été” des Quatre Saisons de Vivaldi. Ce morceau est le même que celui joué par Marianne au clavecin plus tôt dans le film.

Où peut-on regarder Portrait de la jeune fille en feu en streaming ?

Le film est disponible sur des plateformes comme Canal+ VOD et Amazon Prime Video (location). Les droits changent ; vérifiez les catalogues actuels.

Quel est le budget du film ?

Le budget est estimé à environ 4,8 millions d’euros, un montant modeste pour un film d’époque.

Combien d’entrées a fait le film en France ?

Il a totalisé environ 1,2 million d’entrées en France, un succès pour un film d’auteur.

Quelle est la signification du feu dans le titre ?

Le feu symbolise à la fois la passion amoureuse, la destruction des conventions et un moment clé où la robe d’Héloïse s’enflamme. Le tableau “en feu” représente un désir qui brûle.

Et pour les spectateurs français ? Ce film a ravivé le débat sur la place des réalisatrices dans le cinéma français. Pour les amateurs de belles images, il reste une référence incontournable. Le message est clair : le regard féminin, enfin libéré, produit des œuvres d’une puissance rare.

Pour approfondir, lisez aussi notre analyse du Cri de Munch, un tableau dont l’intensité visuelle fait écho aux portraits brûlants du film.